Réapprendre à Soigner, tout Simplement
Il y a dans les gestes simples une sagesse ancestrale que notre époque a parfois reléguée au second plan. Soigner une égratignure avec une fleur, apaiser une brûlure avec une huile infusée, calmer une piqûre avec une feuille mâchée : voilà des actes d’apparence modeste, mais porteurs d’un immense pouvoir. Celui de renouer avec la nature, de réhabiliter l’autonomie dans le soin, et de faire confiance à ce que la terre nous offre.
Ces pratiques sont à la portée de chacun, amateur ou expérimenté, rendant la pharmacie naturelle accessible à tous.
Christophe Bernard, herboriste et naturopathe reconnu, fondateur et enseignant chez Althea Provence, transmet cette vision dans un petit guide à la fois accessible et bien construit, destiné à tous celles et ceux qui souhaitent se constituer une trousse de secours végétale pour la maison ou les escapades en famille. Son approche, profondément ancrée dans l’expérience, est empreinte de bon sens, d’humilité et d’une réelle exigence de qualité.

“Soigner une égratignure avec une fleur, apaiser une brûlure avec une huile infusée, calmer une piqûre avec une feuille mâchée : voilà des actes d’apparente modestie, mais porteurs d’un immense pouvoir.”
Six Plantes, Six Alliées du Quotidien
Le sujet de la pharmacie au naturel est ici illustré par la sélection de six plantes essentielles.
Plutôt que d’éparpiller ses recommandations dans un foisonnement botanique, l’auteur choisit la simplicité. Il sélectionne six plantes accessibles, efficaces, et faciles à transformer en remèdes maison.
Voici un tour d’horizon de ces trésors végétaux :
1. Le Souci (Calendula officinalis)
Cicatrisant et anti-inflammatoire, il est le roi des petites blessures cutanées : éraflures, griffures, rougeurs ou irritations. Utilisé en teinture dans les premiers instants, ou en onguent une fois la croûte formée, il apaise et accélère la régénération de la peau.
À savoir : le souci se cultive très facilement, même en pot. Il suffit de récolter les fleurs entières et de les faire sécher à l’abri de la lumière.
2. Le Plantain (Plantago lanceolata ou major)
Souvent foulé sans y prêter attention, le plantain est un antihistaminique naturel qui calme les piqûres d’insectes et aide à extraire les échardes. Il appartient au genre Plantago, qui regroupe plusieurs espèces partageant des propriétés similaires. Appliqué en cataplasme de feuilles fraîches mâchées (oui, vraiment), il agit en douceur et avec efficacité.
À noter : cette plante est assez commune en Europe, elle pousse principalement dans les pelouses, les champs et le long des routes, mais sa reconnaissance demande un peu d’observation. Un bon moyen de sensibiliser les enfants à la botanique.
3. Le Millepertuis (Hypericum perforatum)
Souvent surnommé « l’arnica des nerfs », il agit en profondeur sur les douleurs nerveuses liées à une perforation ou un écrasement, mais aussi sur les brûlures, notamment les coups de soleil. Sa fameuse huile rouge est un incontournable.
Le millepertuis est aussi appelé herbe de la Saint-Jean, en référence à la fête de la Saint-Jean durant laquelle il était traditionnellement récolté. Cette plante tire son nom de son origine liée à cette période estivale et à ses usages médicinaux anciens. De nombreuses études cliniques ont validé l’efficacité du millepertuis, notamment dans le traitement de certains troubles dépressifs.
Petit conseil : évitez l’exposition au soleil après application. Le millepertuis est photosensibilisant. Parmi les principales contre-indications, on note l’usage déconseillé chez les femmes enceintes, les personnes sous traitement médical ou allergique.
Parmi les effets secondaires possibles, le millepertuis peut parfois provoquer des maux de tête chez certaines personnes.

4. La Consoude (Symphytum officinale)
Sa réputation n’est plus à faire : la consoude aide à la régénération osseuse et cartilagineuse. Son nom scientifique est Symphytum officinale, mais elle est aussi connue sous différents noms populaires selon les régions, comme « herbe aux charpentiers » ou « herbe aux coupures ».
Attention à ne pas l’utiliser trop tôt sur une plaie ouverte, au risque de « refermer trop vite » et piéger les impuretés.
Précaution : consultez toujours un médecin en cas de fracture ou suspicion de blessure profonde. La consoude ne remplace pas un plâtre, elle accompagne la guérison.
5. L’Achillée Millefeuille (Achillea millefolium)
Hémostatique puissante, l’achillée millefeuille arrête les petits saignements et favorise la fermeture des capillaires. Son nom fait référence à Achille, le héros de la mythologie grecque, qui aurait utilisé cette plante pour soigner les blessures de ses soldats. Elle est utilisée en cataplasme de feuilles fraîches ou en teinture diluée. L’achillée millefeuille est reconnue pour ses vertus médicinales et ses propriétés sont exploitées depuis des millénaires. En plus de ses effets hémostatiques, l’achillée millefeuille stimule la sécrétion de bile et favorise la digestion. Cette plante occupe une place importante dans la médecine traditionnelle.
Astuce : pour savoir si votre achillée est de bonne qualité, fiez-vous à son parfum. Une plante aromatique est généralement plus active.
6. L’Arnica (Arnica montana)
C’est la star des coups et des chocs sans plaie ouverte. Que l’on parle de teinture ou de pommade, l’arnica s’avère utile pour limiter l’inflammation et aider les tissus à se remettre d’un traumatisme, selon le stade de l’ecchymose.
Attention : ne jamais utiliser l’arnica sur une plaie ouverte ni par voie interne – elle est toxique si ingérée.
“Renouer avec la nature, réhabiliter l’autonomie dans le soin, et se fier à la terre : voilà l’essence de cette pharmacie du quotidien.”
Un Art de Vivre en Filigrane
Ce petit ouvrage nous invite à un mode de vie plus attentif, plus proche, plus doux. Il rappelle que le soin peut être un acte profondément humain, un geste d’amour envers soi ou ses proches, où l’on prend le temps de sentir, de préparer, de masser, d’observer.
Il ne s’agit pas de refuser la médecine moderne, bien au contraire. Christophe Bernard insiste sur ce point : en cas d’urgence, on consulte un médecin. Mais pour tous ces petits bobos de la vie quotidienne – si fréquents chez les enfants comme chez les adultes actifs – ces plantes peuvent être des alliées précieuses.
D’ailleurs, on pourrait facilement imaginer une version familiale de cette trousse : quelques flacons bien choisis, des feuilles séchées dans des sachets krafts, une pipette, un coton, et du film plastique. Loin d’être archaïque, ce retour à la simplicité est peut-être l’une des plus belles formes de résilience moderne.
Votre Trousse de Secours Naturelle — En un Coup d’Oeil
| Symptôme | Plante | Préparation à privilégier | Phase conseillée |
| Égratignure / Rougeur | Souci | Teinture (phase 1), onguent (2) | 1 : désinfection / 2 : réparation |
| Piqûre ou écharde | Plantain | Cataplasme de feuille mâchée | Dès que possible |
| Coup / écrasement / nerf | Millepertuis | Teinture diluée | Jusqu’à ce qu’elle s’améliore |
| Fracture / cartilage | Consoude | Infusion / teinture | Après avis médical |
| Petit saignement | Achillée | Cataplasme ou teinture | Dès l’apparition |
| Bleu / ecchymose | Arnica | Teinture diluée (jamais sur plaie) | Immédiatement + 2-3 j |
Compléments Utiles
Pour aller plus loin, Christophe Bernard propose également des explications sur la fabrication des teintures, onguents et macérats huileux sur son site.
Par ailleurs, certains ouvrages peuvent enrichir la pratique :
- Le chemin des herbes de François Couplan, pour approfondir la reconnaissance botanique.
- Se soigner par les plantes de Michel Pierre, pour un répertoire thérapeutique plus large.
- L’application mobile Pl@ntNet, très utile pour identifier les plantes sur le terrain.