Cette maladie reste sous-estimée, alors même qu’il est possible d’identifier ses signes précoces et d’adopter certains gestes protecteurs.
Nous avons interrogé la Dr Emmanuelle Wilhelm, médecin et neuroscientifique, experte en MP, pour aider chacun à mieux comprendre cette atteinte aux multiples faces.
“Mieux comprendre la maladie de Parkinson, c’est aussi apprendre à préserver la santé de son cerveau au quotidien.”
Qu’Est-ce Que la Maladie de Parkinson ?
La MP est une maladie neurodégénérative chronique. Elle se caractérise par la perte progressive de neurones dopaminergiques situés dans la « substance noire », une région profonde du cerveau impliquée dans le contrôle des mouvements. Cette disparition entraîne une diminution de dopamine et provoque :
- lenteur et diminution de l’amplitude des mouvements,
- raideur musculaire,
- tremblements,
- modifications de la marche et de l’équilibre.
Mais la MP ne se limite pas aux symptômes moteurs. Elle s’accompagne de symptômes non moteurs : troubles du sommeil, constipation, douleurs musculaires, altérations de l’humeur… autant de signes qui rendent la maladie complexe et multifacette.
Elle débute généralement de manière asymétrique, touchant un côté du corps avant de devenir bilatérale. Le diagnostic repose sur un examen clinique précis, parfois complété par une imagerie cérébrale.

Les Signes Précoces : Ce Qu’il Faut Observer
Les premiers symptômes passent souvent inaperçus. Des signes non moteurs peuvent apparaître jusqu’à dix ou vingt ans avant les manifestations visibles :
- perte progressive de l’odorat,
- troubles du sommeil paradoxal,
- constipation,
- tensions ou douleurs musculaires inexpliquées,
- troubles anxieux ou dépressifs.
Les symptômes moteurs, plus connus, alertent généralement la personne et son entourage :
- écriture qui rétrécit,
- diminution de la dextérité,
- tremblement d’une main ou d’un pied,
- modifications de la marche et du balancement des bras.
Il est important de noter que tous les patients ne développent pas de tremblement, et que la non-spécificité des signes rend la détection précoce complexe.
Comprendre la maladie de Parkinson, c’est aussi apprendre à écouter son corps : sa lenteur, sa fatigue, ses petits signaux souvent ignorés.
La Progression de la Maladie
On distingue plusieurs stades :
- Stade précoce : symptômes légers et souvent unilatéraux.
- Stade intermédiaire : bilatéralisation des symptômes, troubles de la posture et de la marche, et fluctuations motrices liées au traitement dopaminergique (dyskinésies).
- Stade avancé : invalidité motrice plus marquée, perte d’efficacité des traitements, troubles cognitifs et risques de chute.
Il existe également une phase prodromique, qui précède les symptômes moteurs et se manifeste surtout par des signes non moteurs.
Qui Est à Risque ?
Le principal facteur de risque reste l’âge. La maladie touche un peu plus les hommes (les hommes étant 1,5 à 2 fois plus à risque que les femmes). La plupart des cas apparaissent de façon isolée, mais plus le début est précoce, plus on recherche une éventuelle origine génétique susceptible d’expliquer cette apparition plus tôt que la moyenne. Des facteurs environnementaux jouent aussi un rôle :
- traumatismes crâniens répétés,
- exposition à certains pesticides ou solvants,
- pollution de l’air,
- l’exposition aux micro- et nanoplastiques.
Le risque n’est jamais lié à un facteur unique : c’est l’interaction complexe entre prédispositions génétiques et environnementales qui déclenche la maladie.

Comprendre le Mécanisme de la Maladie
La MP résulte d’un déséquilibre biologique : accumulation anormale d’alpha-synucléine (agrégats de protéine malformée), stress oxydatif, inflammation, dysfonction mitochondriale et perturbation de l’élimination des déchets cellulaires. Certaines recherches suggèrent même une dimension auto-immune ou un départ de la maladie depuis l’intestin ou les muqueuses nasales.
Le stress psychologique, s’il n’est pas causal, peut accentuer l’expression des symptômes et mérite donc une gestion attentive.
La maladie de Parkinson Est-elle Réversible ?
Malheureusement, non. Au moment où les symptômes moteurs apparaissent, environ 70 % des neurones dopaminergiques sont déjà perdus. Les traitements actuels sont essentiellement symptomatiques :
- médication dopaminergique,
- kinésithérapie et activité physique adaptée,
- nutrition, logopédie, soutien psychologique.
Des approches plus avancées existent : stimulation cérébrale profonde (DBS) ou ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU), visant à moduler l’activité cérébrale de manière ciblée.
Peut-on Prévenir la Maladie ?
Il n’existe pas de prévention absolue. Mais certaines habitudes peuvent réduire le risque :
- activité physique régulière et modérée à soutenue,
- régime méditerranéen riche en fruits, légumes, céréales complètes et huile d’olive,
- consommation modérée de café ou thé,
- limitation de l’exposition aux pesticides, solvants et métaux lourds,
- prévention des traumatismes crâniens et gestion de la santé métabolique.
Même si elles ne protègent pas totalement, ces mesures contribuent à préserver la santé cérébrale globale.
La science éclaire, mais c’est à chacun de nous d’apprendre à prendre soin de son cerveau, par le mouvement, le sommeil, la curiosité. Des gestes simples, pour préserver la plus précieuse des libertés : celle de penser, de ressentir, de bouger.
“Le cerveau a une incroyable capacité d’adaptation — chaque geste de prévention compte.”
Le Point Essentiel à Retenir
La maladie de Parkinson est bien plus qu’un tremblement chez la personne âgée. Elle touche des populations de plus en plus jeunes et se manifeste par des symptômes variés, moteurs et non moteurs. Chaque personne présente une évolution singulière, ce qui rend la prise en charge personnalisée, multidisciplinaire et holistique.
Comme pour le VIH/SIDA, la lutte contre la MP nécessite recherche, engagement collectif et soutien aux patients, afin de mieux prévenir, détecter précocement et, demain, proposer des traitements curatifs adaptés à chacun.
À propos de
Dr Emmanuelle Wilhelm
Dr Emmanuelle Wilhelm, MD, PhD, est une médecin et neuroscientifique luxembourgeoise spécialisée dans les troubles du mouvement et la stimulation cérébrale avancée. Elle relie la médecine, la science et l’innovation en santé à travers les cultures et les langues. Avec son projet “The Nuanced Neuro”, elle donne vie à ces disciplines en mettant l’accent sur la vérité, la nuance et une approche profondément humaine, qui vise à redonner du pouvoir aux patients au-delà de la seule pharmacologie.

