Une bonne digestion, ce n’est pas juste une question de confort. C’est elle qui permet l’absorption efficace des nutriments, ces vitamines et minéraux essentiels au corps.
Elle conditionne aussi le niveau d’énergie, la clarté de l’esprit, l’éclat de la peau, l’immunité… et même l’humeur.
En tant que nutrithérapeute, je rencontre chaque semaine des femmes qui, malgré une alimentation équilibrée, peinent à retrouver un confort digestif durable.
“En France et en Belgique, les troubles digestifs touchent une part croissante de la population, souvent liée au stress et à l’alimentation moderne.”
La vérité, c’est que certains gestes en apparence anodins suffisent à perturber la digestion et le transit, même avec une alimentation irréprochable. Ces erreurs reviennent sans cesse en consultation… et la bonne nouvelle, c’est qu’elles peuvent être évitées.
Manger Trop Vite, Sans Mastiquer
Quand on avale sans mâcher, on court-circuite la première étape de la digestion : le bon fonctionnement du tube digestif commence dès la bouche, car la mastication prépare les aliments à leur passage dans l’ensemble du tube digestif, de l’œsophage à l’estomac.
La salive contient des enzymes (comme l’amylase) qui commencent à décomposer les glucides dès la bouche.
La manière dont on mange, en prenant le temps de bien mastiquer, influence directement la qualité de la digestion. Si cette étape est bâclée, c’est tout l’appareil digestif, de la bouche jusqu’à l’intestin grêle, qui peine à suivre.
Souviens-toi de cette phrase précieuse : “Mange tes liquides, mâche tes solides”.
Autrement dit :
- Les liquides (jus, smoothies, soupes) doivent être “mâchés”, c’est-à-dire maintenus quelques secondes en bouche pour bien activer la salive.
- Les aliments solides doivent être mastiqués jusqu’à devenir presque liquides avant d’être avalés.
Un manque de mastication augmente le travail du système digestif, qui doit alors fournir un effort supplémentaire pour traiter les aliments insuffisamment broyés.
Astuce : il est recommandé de mastiquer chaque bouchée au moins 20 fois. Pour ce faire, poser la fourchette entre chaque bouchée est un réflexe simple à adopter.

Boire Beaucoup Pendant le Repas
Un grand verre d’eau au milieu du repas? C’est souvent contre-productif.
Certaines boissons, comme l’alcool ou les boissons caféinées, peuvent également avoir un effet négatif sur la digestion en ralentissant le processus digestif ou en aggravant les troubles digestifs.
Trop de liquide dilue les sucs digestifs et ralentit le processus de la digestion. L’eau froide, en particulier, diminue la chaleur digestive (notamment le feu digestif ou Agni, en Ayurveda), ce qui complique la dégradation des aliments. Cela peut entraîner un inconfort digestif, avec des symptômes tels que lourdeur, ballonnements ou sensation de gêne abdominale après le repas.
Astuce : boire 20 à 30 min avant ou après le repas, ou de petites gorgées tièdes si besoin (dans ce cas, une tisane digestive, gingembre, fenouil, menthe, est idéale en fin de repas).
Mélanger Trop d’Aliments Mal Associés
Trop d’aliments différents ou des associations complexes surchargent l’estomac et perturbent le microbiote. Certaines combinaisons créent de l’acidité, des fermentations, et ralentissent la digestion.
Pourquoi c’est un problème ?
Chaque groupe d’aliments a besoin d’enzymes et d’un pH spécifiques :
- Protéines animales (viande, poisson, œufs) – nécessitent un milieu acide (pepsine, acide chlorhydrique).
- Féculents / amidons (pâtes, riz, pain) – se digèrent dans un milieu basique (amylase, intestin grêle).
Quand on mélange les deux (ex : viande + pâtes), le corps produit à la fois des sucs acides et basiques → les enzymes s’annulent, la digestion ralentit, et cela favorise ballonnements, brûlures d’estomac, gaz.
Exemples de mauvaises associations:
- Fruits crus avec le repas
- Protéines animales + féculents (steak-frites, lasagnes…)
- Produits laitiers + protéines animales (charcuterie + fromage)
Astuce assimilation
- Limiter l’assiette à 2 groupes principaux (ex : féculents + légumes, ou protéines animales + légumes).
- Garder les fruits crus en en-cas (au moins 4h avant ou après un repas).
- Ne pas accumuler trop de “super-aliments” dans la même assiette.
- Réserver les combinaisons lourdes (pâtes bolognaises, gratins) pour les repas plaisir, pas le quotidien.

Manger Sous Stress ou En Faisant Autre Chose
Téléphone, discussions animées, pensées anxieuses… Le stress active le système nerveux sympathique, ce qui diminue la production d’enzymes digestives et ralentit le péristaltisme intestinal. Les effets du stress sur la digestion incluent une digestion incomplète, une fermentation accrue et une sensation de lourdeur.
Astuce : créer un vrai moment pour manger : calme, écran éteint. Quelques respirations profondes avant de commencer peuvent aussi tout changer. Prendre soin de son bien-être mental est essentiel pour limiter les effets négatifs du stress et favoriser une digestion optimale.
Ignorer la Satiété
Quand on mange trop, le système digestif sature. Les aliments stagnent dans l’estomac, provoquent une fermentation excessive, et la fatigue postprandiale devient quasiment systématique. Une surcharge alimentaire gêne l’assimilation des nutriments, même lorsqu’ils proviennent d’aliments sains. Contrôler la taille des portions permet d’éviter la surcharge digestive et favorise une meilleure digestion.
Astuce : s’arrêter à 80 % de satiété. Bon à savoir : le cerveau a besoin de 15 à 20 minutes pour recevoir le signal de satiété.
Manger Quand On n’a Pas Faim (Par Ennui, Stress ou Automatisme)
La faim est un signal que le système digestif est prêt. Le corps fonctionne par cycles: digestion, assimilation, élimination. Manger sans faim casse ce rythme. Si on mange sans appétit, la digestion est lente, incomplète et les enzymes digestives sont peu présentes.
Astuce : apprendre à faire la différence entre faim physique et faim émotionnelle. Respecter des pauses digestives entre les repas (au moins 4h) permet un meilleur transit et favorise même l’équilibre hormonal (via l’insuline et la ghréline).
Un Bonus ? La Rate, Gardienne Silencieuse de l’Assimilation:
On parle souvent de l’intestin, parfois du foie… mais rarement de la rate. Et pourtant, dans les médecines traditionnelles, elle est considérée comme le cœur de la transformation. La rate transforme ce que nous mangeons en énergie vitale (Qi), en sang et en nutriments utilisables. Si elle est affaiblie, rien ne circule bien : la digestion ralentit, la fatigue s’installe, et le mental devient confus.
Mais la rate a ses caprices :
Elle aime le chaud, le simple, le calme. Au contraire, elle déteste le froid, l’humidité (par exemple, les produits laitiers), les excès, les pensées qui tournent en boucle. Tout comme la vésicule biliaire, qui intervient dans la digestion des graisses, la rate a besoin de chaleur et de calme pour bien fonctionner.
Dès lors, quand on mange vite, froid, sans faim ou en ressassant… on ne digère pas. Ni le repas, ni la journée.
Astuce : prendre soin de sa rate, c’est ralentir: revenir à une cuisine douce (les aliments doux pour la rate vont être les bouillons, les porridges chauds, les tubercules et légumes-racines, les compotes de fruits, etc.), des repas réguliers, et une présence à ce que l’on mange.
En Conclusion
On peut manger les meilleurs aliments du monde, mais si la digestion est perturbée, l’absorption des nutriments est compromise. Et même avant de penser à prendre des compléments, il est crucial de poser les bases d’une digestion fonctionnelle.
Manger devrait être un acte à la fois intuitif et conscient : retrouver des repères, instaurer de bonnes habitudes et savourer pleinement font partie de cet équilibre qu’on oublie trop souvent, alors même qu’on attend impatiemment l’heure du repas… sans vraiment y prêter attention une fois qu’il est là.
En plus d’assimiler les nutriments, une bonne digestion facilite l’élimination des déchets métaboliques, réduisant l’inflammation chronique.
Une digestion fluide, c’est la clé d’une meilleure assimilation, d’un regain d’énergie, d’un teint plus lumineux, d’un mental plus clair et d’un ventre apaisé. C’est l’un des piliers fondamentaux de la santé et du bien-être : en la soutenant, c’est tout le corps qu’on rééquilibre, en profondeur.
À propos de
Aurélie Dupuis
Nutrithérapeute certifiée, elle allie science et nutrition pour guider vers un mieux-être durable. Spécialisée en santé digestive et hormonale, elle propose des outils concrets pour retrouver son équilibre.

